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Détournement ou empoisonnement DNS

DNS hijacking / DNS poisoning / Pharming

La résolution d’un nom de domaine conduit vers une mauvaise destination.

Révision éditoriale : Comprendre : 2 min · Cas technique et détails : 5 min
Je pense être concerné : que faire ?
Illustration pédagogique : détournement ou empoisonnement dns.

Comprendre et agir

À la fin de cette lecture, vous pourrez expliquer le piège et choisir une première réaction adaptée à votre rôle. Aucun prérequis informatique n’est nécessaire.

Une situation concrète

Une personne saisit la bonne adresse d’un site, mais son appareil reçoit une mauvaise indication sur le serveur à joindre. L’attaque peut toucher son routeur, un service de résolution ou le compte qui gère le nom de domaine.

Comment cela fonctionne

Le DNS associe notamment les noms des sites à leurs adresses réseau. Le détourner revient à modifier cette orientation. Les variantes diffèrent : changer les réglages d’un appareil, falsifier une réponse ou prendre le contrôle des enregistrements d’un domaine. Le résultat peut être une redirection, une panne ou un détournement de messagerie. HTTPS peut encore signaler une incohérence d’identité, mais certaines compromissions de domaine permettent aussi d’obtenir des certificats valides.

Comment le piège fonctionne
  1. Le nom du service est demandé

    L’appareil cherche son adresse.

  2. La réponse est détournée

    Réglage, résolution ou domaine compromis.

  3. La connexion part ailleurs

    Site, messagerie ou autre service.

Les signes qui doivent attirer l’attention

  • Des enregistrements ou serveurs de noms changent sans validation.
  • Le site répond différemment selon le réseau utilisé.
  • La messagerie est perturbée ou des certificats inconnus sont émis.

Ces signes invitent à vérifier la situation. Pris isolément, ils ne prouvent pas tous qu’une attaque a réussi.

Ce que vous pouvez faire

Vos premiers réflexes

Mettez votre routeur à jour et protégez son administration. Si une bonne adresse mène à une page inhabituelle ou une erreur de certificat, n’y saisissez pas de données sensibles.

Si vous êtes responsable du service ou de l’organisation

Protégez les comptes de gestion des domaines et du DNS. Surveillez les modifications des adresses, serveurs de noms et destinations du courrier.

Le détail qui change toutUne idée reçue à corriger

Chiffrer les requêtes DNS ne protège pas un compte de gestion de domaine compromis.

À vous de décider

Vous avez saisi l’adresse habituelle, mais une page inattendue réclame votre mot de passe. La bonne orthographe de l’adresse suffit-elle pour continuer ?

Choisissez votre réponse et expliquez pourquoi avant de lire la correction.

Voir la réponse expliquée

Non. L’orientation vers le serveur ou le service lui-même peut avoir été modifié. N’y saisissez pas de données sensibles et signalez ce changement par un canal connu. Une page inhabituelle est un indice à vérifier, pas une preuve suffisante de détournement DNS.

Analyser un cas technique

Pour les personnes qui développent, administrent ou analysent les systèmes concernés. Commencez par « Comprendre et agir » si ces notions sont nouvelles pour vous.

Étude de cas fictive

Le même nom de domaine conduit les utilisateurs à des destinations différentes

Le résolveur R1 renvoie une destination différente de R2. Le serveur faisant autorité répond comme R2, tandis que la configuration de transfert DNS de R1 a changé. Ces éléments orientent l’enquête vers le résolveur ou son amont, plutôt que vers une modification de la zone publique.

Avant de conclure, vérifier les explications ordinaires : répartition géographique, DNS interne différent du DNS public, cache et durée de vie des réponses. Comparer le nom exact, le type d’enregistrement et l’heure. Un TTL différent n’est pas une preuve de fraude.

Le bit AD indique une validation DNSSEC rapportée par le résolveur, dans un contexte où l’on peut faire confiance à cette réponse. Son absence ne suffit pas à prouver un détournement. DNSSEC protège les données signées contre certaines falsifications, mais ne corrige pas un changement autorisé avec un compte de gestion compromis. Examiner aussi le bureau d’enregistrement, les délégations, les comptes d’administration et l’historique de zone. Le retour à la bonne réponse doit être vérifié depuis les réseaux touchés.

Le déroulement en schéma

Qui échange avec quiLisez les échanges de haut en bas. Le point marque le départ et la flèche l’arrivée. Les vérifications après correction ne sont pas la suite de l’attaque.

Faites défiler le diagramme pour suivre les échanges ; les noms des acteurs restent en haut. Sur petit écran, faites aussi défiler de gauche à droite.

Étape
ClientCache et configuration
Résolveur R1Redirecteur modifié
DNS faisant autoritéZone officielle
DestinationTLS et service
  1. Action

    Question A / AAAA

    Client vers Résolveur R1

    Trace résolveur effectif

  2. Action

    Résolution attendue

    Résolveur R1 vers DNS faisant autorité

    Trace délégation et alias

  3. Réponse

    Adresse officielle

    DNS faisant autorité vers Résolveur R1

    Trace TTL et validation

  4. Réponse

    Réponse divergente

    Résolveur R1 vers Client

    Trace 198.51.100.24

  5. Action

    Connexion vers la réponse

    Client vers Destination

    Trace certificat reçu

  6. Action sur place

    Audit du redirecteur

    Résolveur R1

    Trace changement 08:42

  7. Action

    Comparaison indépendante

    Client vers DNS faisant autorité

    Trace zone inchangée

Comment repérer cette attaque

Indices à rechercher

Rechercher les réponses DNS divergentes, les changements non reconnus de configuration ou de délégation et les connexions vers des destinations inattendues.

Éléments à croiser

Confronter la réponse du résolveur suspect à la zone faisant autorité, en tenant compte des caches et de l’heure. Localiser le changement : domaine, zone, résolveur ou configuration du poste.

Limites de l’interprétation

Des réponses différentes peuvent venir d’un CDN, d’une zone interne ou d’une mise à jour en cours. L’absence du bit AD ne prouve pas une falsification ; elle ne signifie pas nécessairement que la réponse est invalide.

Comment réagir

Corriger la configuration ou la zone touchée, sécuriser ses comptes d’administration et vérifier les délégations ainsi que les accès API. Purger les caches concernés après correction. Rechercher les connexions, messages et sessions qui ont utilisé la mauvaise destination.

Vérifier la correction

Ces contrôles s’adressent à l’équipe responsable du système. Les simulations se préparent dans un environnement de test autorisé ; la lecture du cas ne nécessite aucune manipulation.

  1. Comparer autorité et résolveurs après expiration ou purge contrôlée des caches.
  2. Tester la validation DNSSEC avec un outil adapté sans accepter aveuglément le seul bit AD.
  3. Vérifier A, AAAA, CNAME, MX et les paramètres DNS des clients concernés.

À vous de raisonner

Un seul résolveur renvoie une mauvaise destination ; l’autorité et un autre résolveur concordent. Où poursuivre la recherche, sans conclure trop vite ?

Formulez votre décision et l’élément qui la justifie avant d’ouvrir la correction.

Comparer avec le raisonnement expliqué

Examinez le cache, la configuration et les serveurs amont du résolveur divergent. Comparez le même nom, le même type et la même période, en tenant compte du DNS interne et de la répartition géographique. Cette divergence ne prouve pas à elle seule que la zone publique a été compromise.

Consulter les détails techniques

Pour aller plus loin après l’étude du cas : les extraits servent à s’exercer à la lecture des traces ; le guide de collecte aide les personnes qui disposent des outils et des accès nécessaires.

Lire les extraits commentés — reconstitution fictive

Ces extraits utilisent des valeurs fictives. Certains reprennent des champs documentés ; d’autres regroupent plusieurs sources dans un format pédagogique. Ce ne sont pas des exports bruts à retrouver tels quels dans vos outils. Commencez par les champs expliqués, puis retrouvez-les dans les extraits.

forwarder
Redirecteur du résolveur modifié dans le cas ; ce changement se recherche dans l’historique de configuration, pas dans la seule réponse DNS.
AD=0
Absence d’indication de validation DNSSEC dans cette réponse, pas verdict d’attaque.

Réponses comparées et audit de zone

Journal

Relevé synthétique à un même instant ; conserver les réponses complètes et l’identité du résolveur.

authoritative A service.example -> 203.0.113.8 TTL=300 serial=2026091701
resolver-R1  A service.example -> 198.51.100.24 TTL=180 AD=0
resolver-R2  A service.example -> 203.0.113.8 TTL=240 AD=1
zone_audit change_since_08:00=false
resolver-R1 config_changed=08:42 forwarder=unknown
registrar nameservers_changed=false
Préparer une collecte dans votre environnement

Choisissez les sources qui correspondent à vos outils et à votre périmètre d’intervention. Cette liste n’est pas un équipement requis pour comprendre la fiche. Vérifiez que les journaux nécessaires étaient activés pendant la période étudiée. Conservez l’export original, son fuseau horaire et sa provenance dans un espace à accès restreint ; travaillez sur une copie expurgée des secrets.

  1. Sonde réseau Zeek — dns.log

    Où les trouver
    Dans les journaux dns.log de la sonde : examiner query, qtype_name, rcode_name, answers et TTLs avec l’heure et les adresses de la connexion.
    Quoi relever
    Comparer pour le même nom et type les réponses, codes d’erreur, TTL et résolveurs contactés. Distinguer réponse observée pendant l’incident et résolution de contrôle faite plus tard.
    Accès et prérequis
    Les requêtes doivent passer devant la sonde sous une forme observable. Le DNS chiffré peut nécessiter les journaux du résolveur ; une capture commencée après les faits ne restitue pas l’ancienne réponse.
    Documentation : Sonde réseau Zeek — dns.log
  2. BIND 9 — journaux du résolveur DNS

    Où les trouver
    Dans les destinations définies par le bloc logging de named.conf : les canaux et catégories configurés déterminent quels journaux existent et où ils sont écrits.
    Quoi relever
    Sur le résolveur concerné, demander les journaux configurés et l’historique des changements de redirecteurs. Auprès du gestionnaire de domaine, comparer séparément les modifications de zone et de serveurs DNS.
    Accès et prérequis
    Accès au résolveur ou export par son exploitant. La journalisation des requêtes n’est pas un historique des modifications de configuration ; conserver séparément ces changements et leurs approbations.
    Documentation : BIND 9 — journaux du résolveur DNS

Dans l’histoire des cyberattaques

Groupes et campagnes documentés

1 repère

Des faits réels pour situer ce mécanisme. Les années sont celles des faits ; chaque notice précise qui établit le lien avec le groupe ou la campagne.

  1. à
    CampagneSea Turtle

    Détourner le DNS pour intercepter les connexions

    Des enregistrements DNS modifiés dirigent les utilisateurs vers des serveurs contrôlés par les attaquants. Ceux-ci imitent les services attendus, capturent les identifiants puis transmettent la connexion au vrai service, ce qui rend le détournement discret.

    Ce qu’établit la source. Cisco Talos nomme cette campagne Sea Turtle et estime avec une confiance élevée qu’elle relève d’un acteur soutenu par un État. Le rapport de 2019 ne nomme pas cet État.

    Consulter le rapport DNS Hijacking Abuses Trust In Core Internet Service

    Cisco Talos · Publié le

Sélection de cas documentés, non exhaustive. Une technique peut être utilisée par de nombreux acteurs. Les cas fictifs de la fiche ne sont attribués à aucun de ces groupes.

Si vous pensez être concerné

  1. Vérifiez la résolution depuis plusieurs sources et l’historique des changements.
  2. Récupérez les comptes concernés puis restaurez les enregistrements fiables.
  3. Évaluez les sites, courriels et certificats affectés pendant la période.

Pour qualifier votre situation et être orienté : obtenir une assistance sur 17Cyber. Dans une organisation, prévenez aussi le responsable ou prestataire chargé de la sécurité.

Sources et repères pour approfondir